Avignonet-Lauragais : il publie la vie agricole des métayers lauragais des années 50 sur la toile

À quelques kilomètres du Seuil de Naurouze, entre Toulouse et Castelnaudary, se trouve le joli bourg d'Avignonet-Lauragais. Un de ses contadins, Sébastien Saffon, relate la vie agricole de son grand-père métayer né en 1928 sur son blog à succès : Les Carnets d'Émile.

Le jour du cochon © Famille Nardèse pour lescarnetsdemile.fr

Sébastien est un Lauragais, « avec de grosses racines bien lourdes », comme il se plaît à dire. Descendant d'une famille d'agriculteurs et de métayers, il est passionné d'histoire, qu'il a étudiée, et définit son lien à l'agriculture comme viscéral. Il y a quatre ans lui vient l'idée de publier sur la toile les écrits laissés par son grand-père à travers « Les Carnets d'Émile ».

Pas un jour sans note

Sur des cahiers d'école, des carnets de notes ou des agendas, le grand-père de Sébastien écrit à l'encre bleue, journellement, de petites notes sur un papier à présent jauni par le temps. « Ce sont des textes très factuels, il n'y a pas sentiment. La structure est toujours la même : deux mots sur la météo, l'activité du jour puis s'il y a eu une visite », révèle Sébastien. Plus de soixante ans d'histoire s'écrivent ainsi à travers la plume d'Émile, et laissent l'empreinte d'une agriculture et d'une vie rurale d'antan. « À force, ses carnets sont aussi devenus un outil de travail pour lui. Il lui arrivait d'aller consulter ceux des années précédentes. »

Le grand-père Émile, originaire d'Airoux dans l'Aude, démarre son écriture vers la fin des années 30 et ne s'arrêtera jamais. « À la fin, lorsqu'il était hospitalisé, il demandait à ma grand-mère d'écrire ce qu'il s'était passé. » Sur son site, Sébastien publie les écrits avec soixante ans d'écart jour pour jour. « J'ai choisi de démarrer ce récit dans les années 50 parce que c'est l'année de la mécanisation et du progrès agricole. Les métayers à l'époque ne représentent que 3 % des agriculteurs et vivent plus lentement. »

Qu'est-ce donc que le métayage ? Il s'agit d'un type de bail rural dans lequel un propriétaire de borde, autrement dit une métairie, confie à un paysan métayer le soin de cultiver ses terres en échange d'une partie des récoltes. « Ils partageaient 50 % de leurs revenus, donc pour subvenir à leurs besoins, ils avaient à côté un potager énorme et de la volaille qu'ils vendaient sur les marchés de Revel, Castelnaudary ou Villefranche-de-Lauragais. »

Lauragais agricole d'autrefois

Avec une communauté grandissante (entre huit cents et mille visites par mois sur son site), Sébastien a l'idée de créer une page collaborative où chacun peut envoyer des témoignages, des photos d'époque ou tout support de souvenir agricole de naguère. Sur cette page annexe, « Lauragais agricole d'autrefois », il publie avec appétit jusqu'à deux articles par semaine sur une thématique : les battages, la moisson, les veillées au coin du feu, les fêtes locales, les maïs...

Tuer le cochon : la saucisse, les tastets, les costelons. © Famille Nardèse pour lescarnetsdemile.fr

« Les écrits de petites choses de mon grand-père sont un squelette de l'année, et les gens avec leurs témoignages y apportent de la chair », dit joliment Sébastien. Ce projet, il le porte dans son cœur aussi fort que son grand-père. Ses yeux sont sémillants, son verbe est précis et régulier, sa voix radiophonique, Sébastien est un passionné qui passionne. « J'ai ce lien animal qui me lie à ça parce que je suis de la terre, aujourd'hui c'est devenu une passion. J'y passe beaucoup de temps et je sais que les publications sont attendues. »

Ceux de la borde perdue

Il y a quelques mois, Sébastien se lance un nouveau défi : créer un web roman feuilleton lauragais. Sur son deuxième site www.bordeperdue.fr, il raconte hebdomadairement la vie d'une famille de métayer dans le Lauragais des années 50. « J'ai créé une famille où j'ai plus de liberté et d'intention, je peux prêter des sentiments à mes personnages. » Un challenge bien relevé puisque les lecteurs sont vite au rendez-vous, « j'ai eu cinq cents lecteurs en quinze jours, je suis content ».

Chapitre 3 - Le chapeau de feutre et l'inventaire © Sébastien Saffon pour labordeperdue.fr

Aujourd'hui, l'ambition de Sébastien serait de publier. « Il y a plein de gens qui aiment ce que je fais mais qui n'ont pas internet pour en profiter. Ce projet est parti du papier, il est allé sur internet, ce serait bien qu'il revienne au papier. »

Porter la parole

Au travers des conférences qu'il donne là où on le sollicite, Sébastien raconte la vie des familles de métayers au fil des saisons dans le Lauragais. « Je raconte par exemple l'arrivée de la moiss-batt », jargonne-t-il pour la moissonneuse batteuse. « J'ai le plaisir de porter cette parole-là. Et je suis toujours surpris du monde qui se déplace. »

Sébastien Saffon © Justine Bonnery

Les lecteurs de Sébastien sont fidèles, « il y a une vrai appétence, maintenant je ne peux plus lâcher. Si je ne publie pas il y a des gens qui m'écrivent ! Il y a un vrai lien, un peu virtuel, mais qui se concrétise par les conférences. » Ce joyeux Avignonetain est également un passionné de théâtre très impliqué dans la vie associative de sa ville. Il est toujours à la recherche de témoignages et de supports, alors n'hésitez pas à le contacter si vous en possédez !

La popote à

pépé

 

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