[Canet] Marc Soucasse signe 57 livres sur les villages de l'Aude à travers la carte postale

« Je fais ça pour le plaisir et pour redécouvrir ce que j'ai connu jeune », témoigne l'éditeur Marc Soucasse. Cet originaire de Fleury-d'Aude cumule 57 livres recueils de cartes postales sur l'Aude, ses métiers oubliés, ses commençants, ses rues ou encore sa cité. Nous avons rencontré cet affable personnage, cartophile et philatéliste passionné, dans sa maison de Canet-d'Aude.

Le Lavoir de Bizanet (Aude).


Le déclic pour faire son premier livre ? Il l'a eu grâce à une seule carte : celle de La Place Du Marché à Fleury-d'Aude. « Cette photographie m'a touché parce que je connais bien cette scène. La poissonnière qui met le poisson dans le papier journal, je l'ai vécu.» Marc publie son premier livre en 1998 et ne sera jamais à court d'idées pour continuer. À tel point qu'il est incapable de prononcer le titre de son dernier livre tellement il « renouvelle et agrémente continuellement chacun des ouvrages ».

Marc est auto-éditeur autodidacte de ses fascicules estampillés d'un code barre et d'un ISBN. En auto-entrepreneur, il gère ses commandes via son site internet flambant neuf. Sa nouvelle vie d'éditeur, le maçon retraité l'a apprise sur le tas. Toujours épaulé de Marie-Angèle, sa femme rencontrée en Nouvelle-Calédonie lors de ses années à l'armée. « Moi je fais beaucoup de recherches sur nos archives numérisées », susurre-t-elle, toute en réserve.


De l'écriture au montage, les livres sont faits maison. Après l'impression des feuilles, Marc les fixe entre deux plaques de bois et taillade la tranche. Il y dépose la tarlatane pour encoller toutes les pages. « C'est un travail de tous les jours, sans exception. Sur les 19 cantons de l'Aude, nous en avons fait 17. Il nous manque Limoux et Quillan » qui sont en cours de finalisation. Cet auteur, qui enfant préférait « aller dans la garrigue qu'à l'école », a toujours fait feu de tout bois sans soutien aucun.

Marc Soucasse dans son bureau. © Justine Bonnery

Quinze jours

« Je mets 15 jours pour faire un village et entre quatre et cinq mois pour faire un livre », estime-t-il en ajoutant que « les plus vendus sont ceux sur Rieux-Minervois et Villemoustaussou. » Pour se documenter, Marc part à la rencontre de particuliers, se rend à la Bibliothèque nationale de France ou aux archives départementales. Autre complice : Internet. Sur la toile, il recherche les cartes signées d'un feu carcassonnais dénommé Palau, éditeur de cartes postales doubles. « Ce monsieur a fait des photos magnifiques de toute l'Aude », témoigne-t-il. Et Marie-Angèle d'ajouter, « j'adore ses cartes postales parce qu'elles sont toujours accompagnées d'un texte sublime ».


« Sur certains villages mes archives ont plus de 100 ans. C'est phénoménal tout ce que j'ai », s'exclame l'homme qui scanne de la carte postale depuis deux décennies. En photographie, les scènes et les personnages sont improbables et pourtant réels. « Un jour en triant des cartes je suis tombé sur une photo de ma mère et de ma grand-mère ! C'est magnifique de découvrir comment ils travaillaient avant. » Sur les 438 communes audoises, Marc les aurait toutes faites « s'il n'y avait pas eu le remaniement de 2015 où nous sommes passés de 35 cantons à 19 ».

Lettre du poilu Paul Tandou, décédé le 9 juin 1984. © Justine Bonnery


Lettre d'un poilu

Un jour, un ami lui transmet les écrits d'un aïeul rédigés sur un large papier kraft, replié sur lui-même une vingtaine de fois. Il s'agit du précieux journal de guerre de Paul Tandou crayonné sur le front en patois de 1914 à 1916. Marc décide de traduire ces textes poétiques en conservant leurs rimes suivies. Il en fait, en 2014, un livre illustré et bilingue : Lettre d'un poilu.


Toutis sous coupins saben aïssi,

qué son pairé és marchand dé bi.

Qu'un plasé dé l'escouta parla patouès,

quand l'intenden canta dé sa bello bouès.


Cyrclisti, qué à toujours tenguent bou,

saluas-lou, aquèl ès un boun garçou.

Curiositat, és qué és pas jamaï las,

sé régalo quand bous ten pel bras.


Sé lou boulès beyré de bouno humou,

parlats-zi, que abètz un razou !

Désuito, s'empréssarra de bous lou faïré coupa,

Et bous lou rendra prèst à extrêma.


Aoura uno coupo super fino,

Graïssat ami de loli dé basélino.

Cadun l'admiro à lou bada,

Nous lou caldra récoupensa.

Curieux fidèle à ses ambitions, Marc ne manque pas d'imagination. Il est aussi l'auteur du livre Le petit train de nos villages sur les tramways de l'Aude « qui desservaient tous les bourgs ». Un autre sur Les Vieux Métiers nous permet de découvrir ce qu'est un hercheur, un manglier, un patenôtrier, un tonnelier, un maître queux ou apprendre l'existence des attelages pour chiens et des marchandes de cuillères en bois.


Pour écouler leur stock, Marie-Angèle et Marc sillonnaient avant la Covid-19 les routes de l'Aude pour déballer leur stand lors de foires et de marchés. À Bram comme à Quillan, ils restent « toujours étonnés de voir qu'il n'y a pas que les personnes âgées qui sont intéressées ». Leur site internet, www.livredelaude.fr, permet mêmement de faire ses emplettes. « Il y a des gens qui m'écrivent de Marseille pour me féliciter et me dire que mon travail est magnifique.»

La vendeuse de cuillères en bois dans un livre de Marc Soucasse. © Justine Bonnery


Les cagous huppés

Le couple a deux bureaux à l'étage. Un premier équipé d'un ordinateur d'antan sur lequel il compose ses livres et d'une armoire aux classeurs soigneusement hiérarchisés. Puis un deuxième dans le grenier ajouré, débordant d'archives, de CDs, du stock et de son établi « maison » pour façonner ses livres à la main. Sur les murs à peine peints, rien. À part une photographie chère à leurs cœurs. Deux cagous huppés côte à côte. Comme eux. « Quand ils s'accouplent, c'est pour la vie entière », tient à souligner celui qui fêtera bientôt ses 50 ans de mariage. Emblèmes de la Nouvelle-Calédonie dont est originaire Marie-Angèle, ces petits oiseaux au cri de chien sont la seule décoration du bureau. « Et ils ne font qu'un oeuf par an », ajoute celui qui a pondu plus de 57 livres en moins de 20 ans.

Couple de cagous huppés dans le bureau de Marc Soucasse © Justine Bonnery


La popote à

pépé

 

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