[Bram] À 72 ans, l'inoxydable Raymond continue de fabriquer des barbecues

« Avec ce barbecue, il ne m'est arrivé que de bonnes choses », confie Raymond dans un sourire toujours en coin. Dans son atelier inmanquable par son géant béret rouge, Raymond continue de fabriquer ses célèbres barbecues verticaux.

Raymond Garcia devant son atelier « Le Barbeuc à Raymond » © Justine Bonnery


- « Allô ? »

- « Allô, Raymond ? »

- « Oui. »

- « Vous avez une place pour deux couverts ce soir ? »

- « Ah non mais je ne fais pas restaurant, je vends des barbecues moi. »

- « Ah merde. Et vous avez déjà mangé au vietnamien à Bram ? »

- « Non jamais. »


Un mardi soir, affamés dans les dédales de ce village circulaire, nous trouvons portes closes à tous les restaurants. On dégaine sur-le-champ notre bigophone pour questionner Google d'un « restaurant Bram »,

qui nous suggère « Le barbeuc à Raymond » nous séduisant fort, ou « Le Lotus » nous tentant moins malgré ses quatre étoiles décernées par le moteur de recherche. Oyant que la voix de Raymond tinte plus dans les tonalités du vioque que du jeunot, nous suggérons de le rappeler le lendemain en vue de cet article.


- « Bon finalement, le vietnamien n'est pas mal. Comme vous fabriquez des barbecues j'aimerai bien vous rencontrer. Je peux venir ? »

- « Bien sûr, venez. »


C'est ainsi que les portes rougeaudes de l'atelier de Raymond s'ouvrent volontiers à nous. Accueillis sous le regard d'une chienne aux apparences d'une hyène, nous pénétrons dans un hangar aux airs de la caverne d'Ali Baba au mitan de la zone industrielle de Bram. « Je me suis dit qu’en m’installant près de la sortie du péage d’autoroute avec ce gros béret rouge, on ne me louperait pas », déride-t-il.

« Mon barbecue est extraordinaire, on ne rate jamais une grillade avec lui. » © Justine Bonnery


L'inventeur de l'année

« J'ai déposé plein de choses, le seul qui a réussi c'est lui », raconte Raymond au sujet de son barbecue vertical. Avec sa gouaille formide, ce joyeux luron est sacré vainqueur de l’émission « L’inventeur de l’année » sur M6 en 2007. À l'écran, Raymond est toujours nippé d'une salopette et d'un béret rouge (qui deviendra son emblème) et d'une moustache chenue toujours en place. Il touche ainsi à la notoriété nationale et locale. « Quand j’étais à la télé, les Bramais ont beaucoup plus fait la fête que pour la coupe du monde en 98 ! »


À cette époque, il ne pète pas dans la soie et construit ses barbecues dans le garage de ses parents. L'émission lui permet de gagner 150 000 € et la mise en vente de son invention sur le marché français. « Avec cet argent, j'ai pu me monter mon atelier tout seul. » Accolé à son hangar, Raymond bâtit un bureau circulaire au toit en forme de béret rouge, « ça, j’ai passé 6 mois à le faire ».


Des médailles en pagaille

Pour se retrouver sur M6, l'histoire de cet affable zigue commence par « un concours de circonstances ». Un jour qu'il a besoin d'un tréteau, il en invente un « pas bancal ». Par ce fameux concours de circonstances, il

gagne en 2001 le concours Lépine (1er prix régional à Cherbourg) avec son « tréteau pas bancal ». L'année d'après, il y prend un stand et s'y régale. « On y a pris goût. C’était tellement chouette qu’avec mon épouse on a voulu y retourner encore une troisième année », rembobine-t-il.


Pour changer d'invention, il décide de prendre le barbecue vertical à retournement simplifié qu'il utilise depuis des années. Le brevet déposé porte sur le dispositif de rapprochement, d'éloignement et de retournement de la grille de cuisson adaptée à ce barbecue perpendiculaire. Un concept idéal où les marmitons grilladins peuvent récupérer entre autres le jus de leur magret de canard.


Pour cette dernière création, Raymond reçoit la médaille d’or du concours Lépine en 2003. C’est là que la chaîne de télé le remarque et lui propose de participer à une nouvelle émission. L'objectif : trouver une invention qui pourrait entrer dans tous les foyers français. « Voir mon barbecue à la télé, je ne pouvais pas refuser ! » Le tournage s'étale sur six mois pendant lesquels Raymond se rend quatorze fois à Paris « dont neuf fois en voiture ! Parfois ils me prenaient un billet d'avion aller-retour dans la journée juste pour une prise ! »


« Le Barbeuc à Raymond » © Somagic


Du trèpe au portail

Raymond remporte le 1er prix de « L’inventeur de l’année ». À présent, la demande devient « énorme ». M6 qui s’est engagée à trouver un fabriquant et un distributeur pour le vainqueur négocie avec le plus gros constructeur de barbecues de France : Somagic. La société vend depuis le barbecue de Raymond sous licence de ses brevets.


Treize ans après, Raymond est toujours loquace sur ses inventions, a toujours sa tignasse sous le béret et sa moustache est mêmement là. Il continue de besogner et vendre des barbecues de manière artisanale « avec une gamme beaucoup plus complète », virgule-t-il. « La demande a été multipliée par dix ! Je fais du plus petit particulier jusqu’au grand restaurateur. » Raymond l'atteste, son barbecue « est extraordinaire, on ne rate jamais une grillade avec lui ».

Petit dernier en date : Raymond vient de fabriquer un barbecue vertical électrique de petite taille « qui marche du tonnerre ». Avec son épouse Françoise, ils travaillent environ six mois par an. « C’est saisonnier, l’hiver les commandes se calment ». Françoise s’occupe des colis, des finitions ou des emballages, « je me rends utile avec des petits trucs à ma portée ».


Côté bricole, Raymond s'est « sur-équipé » pour n'être dépendant de personne. Autour de lui, « sept perceuses différentes » sont à sa disposition. Du sol au plafond, des outils méticuleusement rangés sont prêts à être utilisés. Plusieurs postes à souder, une cisaille guillotine, une encocheuse qu'il a lui-même réalisée, un emporte-pièce « qui fait des trous carrés », un découpeur plasma... « Je fais comme les agriculteurs, au lieu de changer de tracteur, j'en achète un autre ! »



* Rendez-vous sur son site : http://www.barbecue-raymond.fr !

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